Cancers professionnels : un enjeu majeur de santé publique
En 2018, la France a recensé 382 000 nouveaux cas de cancers, touchant 204 600 hommes et 177 400 femmes. Le cancer est la première cause de mortalité dans le pays, avec 157 400 décès (89 600 hommes et 67 800 femmes), soit environ 30 % des décès, devançant les maladies cardiovasculaires.
Évolution de l’incidence et de la mortalité
Entre 1978 et 2000, une augmentation significative de l’incidence (+63 %) et de la mortalité (+30 %) par cancer a été observée. Cependant, cette hausse est en partie due au vieillissement de la population et à l’amélioration du dépistage. Si l’on tient compte de l’âge, l’incidence a augmenté de 30 %, tandis que la mortalité a diminué de 9 %.
Cette diminution relative de la mortalité peut être attribuée aux progrès réalisés dans le dépistage, le diagnostic (notamment grâce à l’imagerie médicale) et les traitements, améliorant ainsi le pronostic de certains cancers.
Disparités régionales et facteurs de risque
Des écarts importants de mortalité par cancer sont constatés entre les régions françaises, avec une surmortalité dans le nord et une moindre mortalité dans le sud, particulièrement chez les hommes. Ces disparités pourraient être liées à des différences socio-professionnelles.
Les cancers sont dus à une multitude de facteurs, dont la combinaison potentialise le risque (par exemple, tabac/alcool ou tabac/amiante). La survenue tardive de la maladie en cas d’exposition à un agent cancérogène rend difficile l’évaluation de la part des différents facteurs de risque.
Cancers professionnels : une part difficile à évaluer
En milieu professionnel, certains facteurs de risque de cancers sont identifiés (expositions à des substances, rayonnements, etc.), mais d’autres facteurs individuels (mode de vie, génétique) peuvent également influencer leur apparition.
Il est difficile d’évaluer précisément la part des cancers d’origine professionnelle, avec des chiffres variant selon les sources. Une fourchette de 4 à 8,5 % des cas est souvent retenue, ce qui représenterait 14 000 à 30 000 cancers professionnels dépistés en France selon le plan cancer 2014-2019. Ce chiffre varie en fonction de la localisation des cancers (par exemple, 15 % pour le cancer du poumon selon certaines études).
Difficultés de prévention et de suivi
La méconnaissance des facteurs professionnels dans la survenue des cancers constitue un obstacle à la prévention. Le dispositif statistique français ne permet pas d’avoir une vision globale de l’importance des cancers d’origine professionnelle, avec des données souvent anciennes, partielles ou estimatives. Le nombre réel de maladies professionnelles, notamment de cancers, est difficile à évaluer et serait supérieur aux chiffres recensés. Les statistiques disponibles des cancers professionnels reconnus ne reflètent donc pas la réalité, car elles ne couvrent pas l’ensemble de la population exposée.
Définitions importantes
- Cancérogène : agent capable de provoquer le cancer, d’augmenter sa fréquence, de modifier sa localisation ou de favoriser une survenue plus précoce.
- Oncogène : gène dont l’expression anormale favorise les cancers.
- Cancer : prolifération anarchique de cellules, formant des tumeurs pouvant s’étendre et créer des métastases.
L’évaluation du potentiel cancérogène d’un agent repose sur des études expérimentales et épidémiologiques. Une étude épidémiologique non concluante ne signifie pas que l’agent n’est pas cancérogène, mais seulement qu’aucune différence significative n’a été observée dans les conditions de l’étude.
La prévention des cancers professionnels suit les mêmes principes que toute démarche de prévention des risques professionnels : repérer, évaluer, intégrer la sécurité en amont, supprimer ou réduire les risques, informer et former.